Itinéraire d’un nomade de l’archéologie 🥾
[Coulisses] En fonction de son plan de charge opérationnel, il arrive que le service embauche des archéologues en contrat à durée déterminée. Nous avons demandé à Damien, CDD pendant 6 mois au service, de raconter ce que c’est que de « débarquer » dans un nouveau service comme le nôtre. Voilà ses impressions.
Une réalité hors du cliché
"Quand on pense archéologie, on pense voyages, on pense aventures, on pense découvertes. Même si tout cela peut paraître un peu cliché, remis en contexte dans le monde concret et précaire du travail en archéologie, être archéologue préventif c’est parfois un peu ça. On voyage au gré des contrats, 6 mois par ci, 6 mois par là. Chacun de ces nouveaux contrats est une nouvelle aventure, certes pas aussi palpitante qu’un épisode d’Indiana Jones, mais qui peut parfois donner lieu à des choses épiques et mémorables.
La découverte se traduit autant par l’aspect « brut », concret, du métier que par tout ce qui va avec l’intégration d’un nouveau service, d’une autre structure archéologique."
Une autre échelle
"Ainsi, un nouvel arrivant au service d’archéologie préventive du Département du Loiret doit s’adapter. Tout d’abord, c’est un service public d’archéologie.
En archéologie, on recense en effet deux sortes de structures, les privées et les publiques.
Quelle différence me direz-vous ? C’est qu’ici on travaille pour une collectivité territoriale (un département) et que notre zone d’action se concentre essentiellement sur le Loiret. Une zone que l’on partage avec d’autres opérateurs en archéologie privés (Évéha, Archéodunum, etc.) ou publics eux aussi (Inrap, Pôle d’archéologie de la ville d’Orléans)."
Un contexte géographique local
"Dans ces travers bohèmes, être archéologue c’est donc découvrir des horizons différents, des paysages plus ou moins marqués par la présence humaine et des terrains naturels plus ou moins complexes. Certaines parties du sous-sol du Loiret ne sont clairement pas les plus simples à interpréter et il faut donc s’adapter à cette stratigraphie nouvelle et trompeuse.
La Loire, aussi dynamique et attractive qu’elle put l’être et qu’elle l’est encore pour l’homme, a également connu des centaines de milliers d’années d’évolution durant lesquelles elle a façonné les paysages qui l’entourent. « Empilant » par déposition des couches successives d’alluvions plus ou moins grossières, elle a donné vie à ce sol loirétain, le rendant parfois complexe mais toujours plus intéressant et riche en informations."
Des méthodes différentes
"Bouger c’est aussi devoir s’adapter aux méthodes de fouilles locales. Au service départemental du Loiret, on préfère fouiller un maximum de structures manuellement, c’est-à-dire à l’aide de ses petits bras et avec les outils habituels que sont les truelles, pioches, etc. On utilise également la pelle mécanique, que ce soit pour le décapage archéologique (où elle est indispensable) ou ponctuellement pour la fouille à proprement parlé de structures archéologiques trop conséquentes pour être fouillées manuellement (puits, etc.).
Sur le terrain, le vocabulaire peut également changer d’un endroit à l’autre. Ici les structures sont des entités archéologiques (EA), là où d’autres parleront de faits archéologiques. Pour l’enregistrement des données, on utilise une base de données locale appelé Sysda. Une particularité locale qui donne un peu (beaucoup) de fil à retordre aux nouveaux arrivants."
Pour conclure
"Tout cela fait de l’arrivée au service d’archéologie préventive du Loiret un petit challenge agréable à relever. Agréable car finalement l’archéologie c’est surtout une aventure humaine et des rencontres uniques à chaque nouveau contrat.
Le service du Loiret ne fait pas exception à la règle. Une équipe accueillante, toujours dans l’écoute et l’entraide, le tout avec beaucoup d’humour. Ici on rencontre des archéologues passionné.e.s mais on repart avec des collègues passionnant.e.s."
Information complémentaire
L’exercice demandé à Damien était expressément de noter les impressions relevées quand on est « nouveau venu » dans un service d’archéologie. On ne l’a pas soudoyé pour dire des choses gentilles.
Plus sérieusement, nous avons fait le choix de ne pas aborder les aspects négatifs et difficiles des contrats de courtes durées en archéologie, comme la précarité et ses conséquences par exemple. Ce n’est pas un oubli mais un choix éditorial.